Internet : a cause de la pandémie, des seniors ont osé faire leurs courses en ligne

« Nos habitudes de consommateurs vont évoluer » Noëlle et Raymond Michel, 69 ans et 77 ans, Lausanne ©DR

En raison du confinement, beaucoup de seniors réticents ont passé le cap des achats alimentaires en ligne. Que retirent-ils de cette nouvelle expérience numérique ? Vont-ils poursuivre sur leur lancée ? Témoignages.

« J’ai fait pour la toute première fois mes courses sur internet au début de la pandémie, nous confie un septuagénaire vaudois. Je m’y étais refusé jusqu’alors par manque de confiance dans la sécurisation des paiements. Mais la crise sanitaire est passée par là, et je dois avouer que cette première expérience m’a rassuré. Je pourrais même m’y habituer, car c’est une solution très pratique. » Comme ce pétillant Lausannois, nombreux sont les seniors à avoir choisi, parfois presque à contrecœur, de passer aux achats de nourriture en ligne. A situation exceptionnelle, habitudes de consommation inédites !

Ce changement de comportement a-t-il été ressenti au sein des grandes enseignes ?

« Pour LeShop, (NDLR, filiale de Migros), on parle d’une augmentation des commandes de plus de 500 %. Naturellement, beaucoup de clients déjà inscrits ont commandé plus que d’habitude, mais on compte aussi beaucoup de nouvelles inscriptions sur notre supermarché en ligne depuis le début de la crise.

Il s’agit, en bonne partie, de personnes à risque, parmi lesquelles une bonne part de seniors. Beaucoup d’entre eux n’avaient pas encore l’expérience des achats online. Certains, et on peut les comprendre, rechignaient jusqu’alors à renoncer au rituel des courses en magasin stationnaire, car cela représente une activité sociale et qu’il est toujours agréable de pouvoir choisir soi-même ses produits frais », répond Tristan Cerf, porte-parole de Migros, qui rappelle la réactivation, en collaboration avec Pro Senectute, de amigos.ch, un site sur lequel les personnes à risque peuvent faire leurs courses et bénéficier de l’aide gratuite d’un livreur bénévole de leur région.

Une augmentation qui a également été enregistrée à Digitec (NDLR, ordinateurs, téléphones portables, etc.). « Nous avons constaté une augmentation générale des commandes, y compris chez les plus de 65 ans, répond Rico Schüpbach, son porte-parole. On ne peut, en revanche, pas parler d’une explosion dans cette tranche d’âge, puisque les seniors continuent de représenter entre 12 % et 15 % de nos clients. Peut-être que les personnes qui ont fait leurs premiers achats resteront clients, mais il est encore trop tôt pour le dire. »

 

Vous avez fait vos courses en ligne ?

Nous sommes allés à la rencontre de quelques-uns de ces seniors qui ont choisi, pour la première fois, de remplir de nourriture leur panier virtuel. Témoignages.

 

« Un peu contrainte et forcée » Sylviane, 68 ans, Genève

Il y a quelques mois encore, il aurait été impensable pour Sylviane de se mettre devant son ordinateur pour faire ses courses. « Je suis vraiment allergique au monde numérique », avoue cette Genevoise. Mais le coronavirus et le confinement ont fait leur effet. « C’est un peu contrainte et forcée que je m’y suis mise. Mon mari, à qui il arrive parfois de commander des articles en ligne, m’a installé tout cela, puis m’a montré comment aller dans les différents rayons virtuels des deux géants suisses de la grande distribution. L’un de mes fils m’a aussi donné des conseils à distance. Si c’était un peu abstrait au début, on s’y habitue assez rapidement, même si les menus ne sont pas toujours très clairs. » Résultat des courses ? Elle est parvenue à se faire livrer, mais n’aime pas cette nouvelle manière de faire. « Acheter un poisson sur un écran, peu pour moi, d’autant plus que la qualité n’a pas toujours été au rendez-vous. En outre, comme je suis déjà très désorganisée en temps normal, retournant à plusieurs reprises dans les magasins, cela complique grandement les choses. Là, les oublis ne pardonnent pas. Sans compter que les commandes sont livrées avec un temps de décalage, particulièrement long en ces temps tourmentés, et qu’il m’arrive d’omettre de prévoir la prochaine commande. Bref, je retournerai dès que possible faire mes achats dans le monde réel. J’aurais pu me résoudre à acheter des packs de bouteilles d’eau à l’avenir, pour éviter de les porter, mais leur achat est en quantité limitée ! »

 

 

« Nos habitudes de consommateurs vont évoluer » Noëlle et Raymond Michel, 69 ans et 77 ans, Lausanne

Ils ont bousculé leurs habitudes dès le début de la crise sanitaire. Sur les conseils d’une amie, Noëlle et Raymond Michel se sont en effet vite décidés à faire leurs courses sur internet.  « Nous commandons en ligne dans une ferme de la région, ainsi que sur un site spécialement activé par un grand distributeur suisse, qui permet de se faire livrer par des bénévoles de notre région », précise Noëlle Michel, qui, sur sa lancée, a choisi de tester un troisième prestataire. Ce couple lausannois a-t-il été convaincu ? « Pleinement. Cela nous permet d’éviter de porter lourd et de faire d’autres activités durant le temps que nous aurions consacré aux courses ! » Y voient-ils des inconvénients ? « S’agissant des personnes peu actives, ce qui n’est pas notre cas, il y a le risque de moins sortir, répond Raymond Michel. Autrement, faire ses achats alimentaires devant l’écran enlève à cet acte sa dimension sociale. D’habitude, les courses sont une bonne excuse pour aller boire un café avec des amis. » Leur avenir de consommateurs sera-t-il désormais numérique ? « Nous allons probablement commander une fois par mois dans une grande surface, surtout les produits lourds, et conserver la livraison du maraîcher, car nous sommes convaincus de la qualité de ses produits frais. Cela ne nous empêchera toutefois pas d’aller parfois nous approvisionner dans une grande enseigne ou chez un artisan local, notamment s’agissant de la viande. »  

 

 

 

« C’est plus sympa de communiquer avec une personne qu’avec un ordinateur » Jean-Pierre Charlet, 76 ans, Venthône (VS)

« Dans la région de Sierre, il y a presque eu une concurrence entre les enseignes qui proposaient aux seniors de faire leurs courses en ligne et d’être livrés par des bénévoles, constate Jean-Pierre Charlet, habitant de la commune sierroise de Venthône. Nous en avons profité pour tester ce service, ce qui nous a été très utile au plus fort de la crise et a bien fonctionné. » Malgré tout, sa femme et lui n’ont jamais cessé de prendre leur voiture une fois par semaine pour aller au supermarché. « A long terme, nous arrêterons ce genre d’achats virtuels, car, pour nous, les bénéfices ne compensent pas les inconvénients, poursuit-il. On ne sait en effet pas exactement quand on sera livré, l’assortiment est plus limité que dans les magasins, les délais de livraison peuvent être assez longs, il faut un minimum d’achats et la qualité des produits semble dépendre de la personne qui compose votre panier. Dans la mesure où nous sommes encore très mobiles, que tout se trouve dans un petit périmètre facile d’accès et que nous sommes capables de porter nos achats, le choix est vite fait. »

Les Charlet avouent même un certain plaisir à faire leurs courses dans le monde réel : « Nous préférons choisir nous-mêmes nos produits et bénéficier des conseils des vendeurs ou des producteurs, lorsque nous optons pour des achats en vente directe. J’aime aussi goûter les vins que j’achète et en découvrir de nouveaux. C’est, en outre, plus sympa de communiquer avec une personne qu’avec un ordinateur ! Après, si le produit que l’on souhaite n’est trouvable qu’en ligne, comme le café que nous aimons, on se résout volontiers à le commander sur la toile. Payer en ligne n’est en rien un souci, d’autant que j’ai déjà l’habitude de faire mes transactions bancaires sur internet. »

 

 

 

Frédéric Rein

 

 

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