EMS et coronavirus : « Je comprends la colère des familles »

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L’Etat n’a jamais abandonné les EMS durant la crise sanitaire du printemps dernier. C’est ce qu’affirme Rebecca Ruiz, conseillère d’Etat vaudoise, cheffe du Département de la santé et de l’action sociale.

Comprenez-vous la colère des familles privées, du jour au lendemain, de leurs proches résidant dans un EMS ?

Je la comprends parfaitement. Durant la crise, j’ai eu de nombreux contacts avec des familles de résidents et je suis consciente qu’il y a eu beaucoup de souffrance. Sitôt que la situation l’a permis, nous avons rouvert les EMS aux visites en fixant les mesures d’hygiène nécessaires. Nous avons beaucoup appris de ces derniers mois. Si une nouvelle vague devait arriver, nous encadrerons les visites au maximum pour éviter de les supprimer.

 

Tous les EMS n’ont pas garanti le même traitement aux résidents. Ne manque-t-il pas une loi cadre ?

Une loi cadre cantonale, qui fixe les critères pour la reconnaissance d’intérêt public des EMS habilités à recevoir des résidents, existe déjà. Par ailleurs, mon Département a édicté des directives pendant la crise qui s’appliquaient à tous les établissements. De plus, pour trouver des solutions adaptées à chacun des EMS, mes équipes étaient en contact étroit avec ceux qui rencontraient des difficultés particulières.

 

Les chambres individuelles paraissent être une solution à préconiser en cas de pandémie. Seront-elles généralisées dans les EMS ?

Le programme d’investissement et de modernisation des EMS adopté par le Conseil d’Etat en 2017 prévoit une forte croissance du nombre de chambres à un lit. Cet effort devra se poursuivre au cours de la prochaine législature. Cela prendra donc un peu de temps, mais nous sommes déjà engagés sur cette voie.

 

Le personnel soignant a souffert aussi et mériterait d’être gratifié. Allez-vous pendre des mesures dans ce sens ?  

Dans le canton de Vaud, une revalorisation importante de près de 20 millions de francs a eu lieu à la fin de 2019 pour les salariés du secteur public, dont fait partie le personnel des EMS. C’est l’Etat qui a financé la majeure partie de cette somme. Pour la suite, des discussions sont en cours, mais je rappelle qu’il s’agit d’une négociation qui concerne d’abord les partenaires sociaux. Cette crise nous a par ailleurs montré la question centrale de la dotation en professionnels dans les EMS. Nous avons, par exemple, dû amener du renfort en personnel, en faisant appel à des étudiants en soins infirmiers ainsi qu’à des infirmières travaillant dans les écoles ou des hôpitaux, de même qu’à la Protection civile pour soulager un maximum les EMS.

Les résidents des EMS sont-ils des citoyens à part entière ? La question s’est posée durant la crise quand on a découvert qu’il leur avait été imposé des conditions de vie sans consultation. Un résident dans un EMS est un citoyen à part entière et dispose des mêmes droits que n’importe quel individu. Quand il n’est plus en mesure d’exercer son autodétermination, ce sont ses personnes de confiance qui se positionnent pour lui.
Mais un résident vit dans un lieu de vie collectif. Et, en situation de crise sanitaire, la protection du collectif devient prioritaire.

 

L’Etat est-il prêt à absorber une deuxième vague, si jamais elle survient ?

Oui, il est prêt. Le problème central du début de la première vague a été la pénurie de matériel de protection. Depuis, hôpitaux et EMS ont fait des réserves. Les cantons aussi. On en sait plus sur ce virus, on saura donc mieux gérer les situations. Par ailleurs, les cantons ont énormément renforcé la coordination entre eux et pourront, si nécessaire, se porter assistance en accueillant des malades.

 

Aujourd’hui, c’est quoi l’EMS idéal pour vous ?

C’est un lieu de vie, dans lequel des soins, potentiellement importants, peuvent être prodigués, pour permettre aux personnes âgées de vivre les dernières années de leur vie dans la dignité et la préservation de leur autodétermination. Mais cela doit être, évidemment aussi, un lieu où les personnes ont accès à ce qui fait le sel de la vie : l’amour, les relations humaines, la visite des proches, les animations, les sorties.

 

Interview issue de notre enquête : EMS et coronavirus : sortir du traumatisme

 

Propos recueillis par
Véronique Châtel et Blaise Willa

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