Alexis Favre, à l’antenne tous les jours avec Antivirus, il a montré son grand savoir-faire. Portrait.

Alexis Favre sur le plateau de l'émission Antivirus ©DR

Le temps du confinement, le présentateur de Infrarouge a été tous les jours à l’antenne, avec Antivirus, sur la RTS. Il a souffert néanmoins de ne plus voir les gens que de loin. Portrait d’un éperdu animal social.

On nous avait prévenu : le bonhomme n’est pas un as de la ponctualité. « Je sais, je suis tout le temps en retard. Et, pourtant, je me soigne », nous glisse-t-il en revenant de son footing, avant de filer prendre une douche. Tant qu’il ne manque pas le début de Infrarouge, l’émission qu’il anime désormais en direct sur RTS1… « Il faut justement que je fasse attention avec ça », ajoute-t-il dans un sourire, nous retrouvant un peu plus tard sur la terrasse de la RTS, quasi déserte en ces temps de crise sanitaire. La poignée de main n’est du coup pas de mise, mais on l’imagine chaleureuse. C’est en tout cas l’impression que dégage ce Genevois de 42 ans, devenu Monsieur Coronavirus pendant le confinement avec sa quotidienne, Antivirus.
A l’écran, son aisance folle devant les caméras et sa manière de tenir les débats d’une main de fer, tout en insufflant humour et décontraction, impressionnent. Rares sont ceux qui résistent à son charme ou restent aveugles à son talent. « Je le trouve même flamboyant », nous avoue Esther Mamarbachi, qui l’a invité à présenter Infrarouge à son côté, en 2017, au départ de Romaine Morard, avant de le laisser seul aux commandes, un an plus tard.

Le confinement, un vrai calvaire

Forcément, c’est le confinement qui vient d’abord sur le tapis. « J’ai eu l’impression de passer à côté, avec Antivirus, nous a-t-il expliqué, à bosser tous les jours ici de neuf heures à vingt heures. » Il nous parle de ce monde qu’il ne reconnaît plus, où les gens se jaugent à distance, ne peuvent plus s’embrasser, se serrer la main… Un calvaire pour celui qui se décrit comme un animal social, ayant besoin du contact humain. « Je suis impatient de retrouver le moment où on aura perdu l’appréhension des uns envers les autres sur le plan sanitaire. Où, sans même y penser, on pourra de nouveau s’étreindre et se faire la bise sans la moindre arrière-pensée. »

Il nous a avoué néanmoins avoir redouté le redémarrage post-déconfinement. « Les gens autour de moi auront emmagasiné de l’énergie et de la réflexion, alors que je serai resté en cinquième tout le long… Je crains le coup de déprime quand je vais commencer à m’essouffler. »

 

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Déjà, les premières peurs…

Car, derrière son côté extraverti, Alexis Favre cache un tempérament d’angoissé. « Anxieux », c’est mon deuxième prénom, confirme l’intéressé. Aujourd’hui, ça va mieux, mais je suis passé par des crises hypocondriaques pathologiques folles. De celles qui te taraudent toute la journée… » Ajoutez à ça une propension à facilement douter de lui. « Si on le critique, s’il ressent de la méchanceté, ça peut l’empêcher de dormir », nous glisse Jennifer Covo, présentatrice des JT du week-end, son épouse à la ville. L’an passé, il a d’ailleurs mal vécu les mauvais retours, notamment sur les réseaux sociaux, de l’émission consacrée à la grève féministe du 14 juin. « J’étais soudain devenu Alexis Favre, le phallocrate. » « Ce qu’il n’est pas du tout », s’empresse de préciser sa femme.

Quand on demande au meneur de débat comment ils se sont rencontrés, il se la joue pudique et c’est finalement elle, Jennifer Covo, la plus volubile : « C’était il y a près de quinze ans, sur les bancs de l’Ecole de journalisme. Je faisais un stage sur One FM, lui était au Matin Dimanche… On s’est tout de suite très bien entendus et, au-delà de sa beauté, c’est son intelligence et sa culture, qui m’ont d’abord séduite. Après, nous nous sommes construits ensemble. » Il y a cinq ans, leur union a été marquée par la naissance d’un garçon, Elie. « Comme nous, il baigne totalement dans le coronavirus, confie son papa, sauf que, à l’échelle de sa vie, c’est très long. Il a parfaitement compris toutes les restrictions, mais il en a parfois marre. Il me dit : « On pourrait parler d’autre chose, quand même. » Mais je sens que c’est en train de l’imprégner à mort et je me demande à quel point tout ça va le marquer… »

On enchaîne : « Et vous, à son âge, quel enfant étiez-vous ? » « Ma grand-mère m’appelait « tout-sourire »… J’étais heureux et de bonne humeur. C’est plus tard que les angoisses ont surgi. » Il revendique fièrement deux papas, au sein d’une famille financièrement privilégiée. Le premier, Michel Favre, cofondateur de la compagnie aérienne SATA, lui met un manche à balai entre les mains à 7 ans. « Vise la montagne ! », lui disait-il. Le second, son beau-père, Roger Pfund, est le graphiste à l’origine du passeport suisse édition 2003. « Avec ces deux libéraux et une maman socialiste, élue députée au Grand Conseil, les repas étaient mouvementés à la maison. Mais j’ai adoré ça. C’est ce qui m’a donné envie de débattre. »

Un succès qui crée vite des jaloux

Ado, il envisage, un temps, une carrière d’acteur, mais se laisse finalement porter vers le journalisme. D’abord à L’Hebdo, puis au Matin Dimanche. Il fait ses premiers pas devant une caméra à La Télé, puis revient peaufiner sa plume au Temps… Des perches tendues, à chaque fois, qu’il se félicite d’avoir su saisir. Jusqu’au coup de fil de Esther Mamarbachi : « Salut, se souvient-il. Romaine s’en va, on voit des gens. J’aimerais te rencontrer. » Forcément, il dit banco, se retrouve à jouer des coudes au milieu des jaloux, fâchés de voir ce beau gosse sorti de nulle part leur « voler » ce job tant convoité, mais fait très vite ses preuves. « Quitte à prendre pas mal de place », s’accordent à dire ses proches. L’intéressé le confirme avec un sourire gêné, comme un gamin pris la main dans le pot de confiture.

« Oui, j’occupe chaque centimètre carré — voire plus — de la place qui m’a été attribuée. Je me mets souvent dans la peau d’un gars qui travaille avec moi. D’une part, je me dis que ça doit être cool, parce que, avec mon équipe, on rigole bien, il y a de l’émulation, ça va vite. Mais, d’un autre côté, je ne pourrais pas bosser une seconde avec ce mec qui l’a toujours ouverte. »

Un « mec » pourtant apprécié par les téléspectateurs de tous bords, aussi bien des jeunes que des seniors. Ce qui n’est pas pour lui déplaire : « Bien sûr que j’aime séduire, j’adore quand une petite dame me dit : « Vous êtes tellement beau, Monsieur », avoue-t-il en bombant le torse. Et son épouse d’enfoncer le clou : « Il est très soucieux de son apparence. Il peut mettre quatre heures dans les magasins pour choisir un pull, huit pour un jean. Mais je le ramène heureusement un peu sur terre. »

Alors, maintenant, quid de l’avenir, à l’aune d’une télé en pleine mutation ? Il avoue que ça le travaille, mais se verrait bien dans un talk-show, histoire de laisser exprimer sa gouaille et son humour… en attendant de saisir la prochaine perche qu’on lui tendra.

 

Christophe Pinol

 

 

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