Le dimanche sans voiture redémarre

Au niveau de l’embranchement autoroutier de Puidoux-Chexbres (VD), 
les piétons remplacent les voitures
. @ASL
 

Pour encourager la mobilité non motorisée, la ville de Winterthour relance un concept du siècle dernier. En 1956 et en 1973, les autorités avaient eu l’audace de bannir la bagnole le temps d’un jour demeuré festif et convivial dans beaucoup d’esprits. 

« Je m’en souviens bien, on avait fait du patin sur l’autoroute ! » Pour cet habitant de Chardonne (VD), qui avait 15 ans en 1973, le dimanche sans voiture est associé à l’insouciance et à la liberté. D’un seul coup, dans une Suisse tournée alors vers le tout-voiture, l’atmosphère était apaisée et l’air moins pollué. Comme en témoignent les photos de l’époque, la population s’était réappropriée joyeusement les espaces dévolus généralement au trafic.

Daniel Brélaz, conseiller national vaudois (Verts) se souvient de cette époque : « De nombreux reportages télévisés ont montré la manière dont cela était vécu dans divers endroits en Suisse. A titre personnel, je me suis promené à divers endroits, en ville de Lausanne, mais n’ai que peu changé mes habitudes du dimanche. » Ce qui n’était plus qu’un bon souvenir pourrait redevenir réalité. Tout au moins dans certaines villes du pays. Comme on l’a appris tout récemment, Winterthour veut redonner vie au concept du dimanche sans voiture. Mais, cette fois, ce n’est pas la crainte pour les réserves de pétrole, mais la crise climatique qui motive cette initiative qui devrait démarrer avec un essai pilote durant la semaine de la mobilité, en septembre prochain.

 

Réduire les émissions nocives

En 1956, le contexte était différent : le soulèvement de la Hongrie et la crise du canal de Suez, sur fond de guerre froide, sont jugés menaçants pour les réserves mondiales de pétrole. En 1973, c’est le choc pétrolier qui fait craindre une pénurie d’essence. De nos jours, c’est la volonté de réduire les émissions nocives qui donne des ailes aux autorités de Winterthour. En reprenant l’idée de quatre dimanches à la diète automobile, la sixième ville de Suisse y va toutefois plus mollo qu’en 1973 : les limitations se borneront à des quartiers et à des axes routiers importants. Une manière d’obtenir plus facilement l’aval de la population qui pourrait mal tolérer une fermeture complète du trafic. 

Sans surprise, la démarche de Winterthour suscite des critiques. La droite dénonce globalement une mesure « excessive » et « purement symbolique ». Du côté des organisations écologistes ou des promoteurs de la mobilité douce, on salue la sensibilisation des usagers de la route aux enjeux climatiques, tout en craignant un exercice purement « alibi ».

Pour Daniel Brélaz, il existe également un risque :

« A titre personnel, je ne pense pas que la population prendrait bien ce genre de mesure en pleine sortie de mesures Covid. »

 

Les dimanches sans voiture, une mesure symbolique

Passéiste et sans effet, le dimanche « Motorfrei » ? Pas du tout l’avis de Cédric Wermuth, coprésident du Parti socialiste suisse (PS) : « Les dimanches sans voiture permettent aux autres usagers de se réapproprier l’espace, notamment urbain. Nos villes sont souvent construites autour et en fonction de l’automobile. » 

En mars 2019, le conseiller national avait d’ailleurs lui-même déposé une motion demandant l’instauration d’une telle journée une fois par saison : « En plus des bienfaits d’une journée moins bruyante et d’un air moins pollué, piétons ou cyclistes peuvent ainsi profiter de « leur » ville, la voir sous un angle différent, précise Cédric Wermuth. En permettant à la population d’expérimenter d’autres moyens de transports durant une journée ou une semaine, il est ainsi possible d’instiller l’idée que ces moyens alternatifs peuvent aussi devenir une habitude, le reste de l’année, renforçant ainsi la volonté de diversifier les moyens de transports de mobilité douce. »

Si les Suissesses et les Suisses, plus tout jeunes, aiment à se souvenir de ces jours où la bagnole restait au garage ou sur la place de parc, il faut quand même rappeler qu’ils se sont montrés moins enthousiastes à chaque fois qu’il a été question d’instaurer, dans la durée et la répétition, de tels dimanches sans voiture. L’initiative populaire dite « de Berthoud », en faveur de « douze dimanches par année sans véhicule à moteur ni avion », est rejetée, le 28 mai 1978, par 63,7 % de la population.

Une nouvelle initiative « Pour un dimanche sans voiture par saison — un essai limité à quatre ans » est de nouveau refusée par le peuple à 62,4 %, le 18 mai 2003.

 

A l’avenir ?

Pour Daniel Brélaz, des efforts d’un autre genre seraient plus adéquats : « Les villes qui envisagent, moyennant changement de lois au niveau fédéral, l’interdiction de circuler sur leur territoire d’ici à quelques années aux véhicules à essence me paraît présenter une piste de sensibilisation plus intéressante. Et, bien sûr, l’interdiction d’immatriculer de nouveaux véhicules à essence, voire hybrides, d’ici à 2025, comme en Norvège, ou 2030 dans divers pays dont la Grande-Bretagne, serait un moyen très efficace de réduire d’environ un tiers les gaz à effet de serre dix à quinze ans plus tard. Cette piste n’est hélas pas acceptée pour l’instant par le Conseil fédéral et le Parlement. »

 

Et dans le monde ?

Depuis 1996, la « Journée sans voiture » permet aux grandes villes d’expérimenter une journée exceptionnelle de fermeture de la ville aux véhicules à moteur thermique. Sur un plan européen, initialement fixées au 22 septembre, elles font à présent partie d’une initiative plus large appelée « Semaine européenne de la mobilité ». Les efforts sont moins axés sur l’interdiction que sur la sensibilisation du public à marcher, au vélo ou aux transports en commun, sur fond d’encouragement des collectivités à promouvoir la mobilité douce.

Avec quatre dimanches partiellement non motorisés, Winterthour resterait loin derrière Kaohsiung (Taïwan) en 2017, Johannesbourg (Afrique du Sud) en 2015, de Suwon (Corée du Sud) en 2013. A l’occasion du Festival mondial de l’écomobilité (EMWF), ces mégapoles ont été libérées un mois de toute voiture.

 

Nicolas Verdan

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